Changer constamment en lumière et en flamme
Textes de Michel Onfray
Adaptation théâtrale Dominique Paquet
 
avec Thomas Cousseau
 
Mise en scène Patrick Simon 
assisté de Guillaume Tarbouriech
Scénographie Goury
Lumières Cyril Hamès
 
Du 13 mars au 8 avril 2014
 
THÉÂTRE ARTISTIC ATHÉVAINS
45 rue Richard Lenoir 75011 Paris, métro Voltaire Léon Blum 
Réservations 01 43 56 38 32
 
Quand Grasset a commencé à publier Michel Onfray, on a pu penser un instant qu'un philosophe en chemise noire venait faire la paire avec un philosophe en chemise blanche. Mais les amateurs de pugilat médiatique en ont été pour leurs frais : il n'y eut ni duo, ni duel. Onfray a laissé BHL à sa vaine gloire de philosopher sur les plateaux télés pour bâtir une œuvre et surtout pour la partager avec tous. Dans "Changer constamment en lumière et en flamme", Dominique Paquet a eu la bonne idée de rassembler des textes de Michel Onfray, des textes autobiographiques qui éclairent son œuvre et ses choix de vie. Quand Thomas Cousseau, tout en noir, pénètre sur une scène qui ne contient en
son centre qu'un parallélépipède rectangle en tubulures métalliques mobiles, qui va se déformer au gré de ses récits douloureux, c'est tout le parcours de Michel Onfray qu'il s'apprête à proclamer. Car, à l'heure où le philosophe normand fait l'objet de campagnes haineuses, ses mots, portés avec force et énergie par Thomas Cousseau, valent toutes les réponses circonstanciées. Michel Onfray n'est pas né avec la cuillère philosophique dorée de ses "collègues". Son chemin chaotique d'enfant humilié, socialement promis
au bagne du travail répétitif et à toutes les fatales soumissions qui l'accompagnent, force le respect. Évidemment, ceux qui n'auront pas envie d'entendre les mots puissants d'Onfray, cette belle langue charriant dans un même élan du trivial et du lyrique, insinueront qu'il fait sa Cosette et répète Zola.
En fait, ce qui les dérange c'est que ce disciple de Pierre Bourdieu, dont il partage fièrement les origines populaires, puisse raconter que dans les années soixante, dites si glorieuses et si soixante- huitardes,
il y avait encore des orphelinats dignes des temps hugoliens et des travailleurs qu'on aurait pu croire sortis de Germinal.De cette position sociale impossible, Michel Onfray va s'extraire par un miracle : la découverte des mots, des livres et de la philosophie. Chantre de cette métamorphose d'un enfant de peu en homme riche d'un savoir, d'autant plus précieux, qu'il a su le conquérir seul et les dents serrés, Thomas Cousseau fait vibrer la scène, change constamment les tubulures de ce parallélépipède dans lequel la pensée libertaire
d'Onfray ne peut longtemps être enfermé. Dans sa mise en scène, Patrick Simon se sert de temps à autre de vidéos en couleur, comme contrepoint à la noirceur du duo Cousseau-Onfray. Des visages sereins, saisis en gros plan, apparaissent sur un écran au dessus du parallélépipède et se reflètent en son intérieur. Les textes lus sont bien plus apaisés que ceux récitées par Thomas Cousseau.On pourra discuter de l'intérêt de cette digression, mais elle a pour fonction de montrer que Michel Onfray, sans renier ses origines, a pu,
en gagnant les rivages du savoir, se construire un destin d'homme sans trop de ressentiment. "Changer constamment en lumière et en flamme", spectacle intense, sans concession, porté haut par la performance de Thomas Cousseau, est un hymne au feu intérieur d'un homme qui n'a pas besoin d'être un maître pour être un exemple.

 

Philippe Person

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