4 Janvier au 10 mars 2011, 21 heures
Manufacture des Abesses, Paris-Montmartre
 
Et en tournée
Jeudi 10 février 14h30 et 19h30 Théâtre de la Tête Noire, Saran (Loiret)
Jeudi 17 mars, 20h, Salle Beaurepaire, Saumur (Maine-et-Loire)
Vendredi 15 avril, 20 h30, Théâtre Denis, Hyères (Var)
 

 

Cérémonies
Une pièce de Dominique Paquet
Mise en scène : Patrick Simon

avec Julien Bouanich, Sylvain Levitte et Ariane Simon

Abandon au berceau, assistance publique, adoption sans amour, corrections à la ceinture… Il y a des souffrances qui font se taire à tout jamais.Deux adolescents attachants tentent de réinventer leur vie pour lui donner le sens qu’elle n’a pas. Le premier, qui n’arrive plus à parler, impose à l’autre un étrange rituel : lui faire dire ce que lui ne parvient pas à dire. Jusqu’où un tel jeu peut-il aller ?

 
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Cérémonies", c'est en premier lieu, un texte de Dominique Paquet, un texte littéraire, puissant et poignant qui explore les territoires de la psychopathologie de l'adolescence.
Et ce, dans leur configuration le plus dramatique, celle des enfants abandonnés, les chiens perdus sans collier de Gilbert Cesbron, à la vie placée sous le signe de l'absence, de la perte, de la déréliction et de l'impossible résilience.
Elle y aborde, dans les relations ambivalentes et violentes entretenues par deux de ces adolescents sans racines, sans identité, sans histoire, sans support d'identification, dont la vie n'est qu'une succession d'abandons, traumatisés par l'absence de "la" mère, qui ont vainement attendu l'adoption présentée salvatrice et désespérément cherché "le" père, la tentative de construction de soi qui passe par le recours à une vie imaginaire et fantasmatique pour réaliser les attentes déçues, la parole et un rituel désespéré de catharsis.
Patrick Simon le porte sur scène avec beaucoup d'intelligence, sans sentimentalisme, procédant par une immersion brutale et très physique, et cependant dépourvue de naturalisme, dans le rituel bouleversant et interpellant des deux protagonistes.
La "cérémonie" se déroule sur une immense roue de bois mobile reposant uniquement sur un pivot central, conçue par Goury, parfois un peu trop présente et sonore, symbole du cercle magique, de la roue de torture, de la répétition ressassante du malheur, de l'équilibre instable sans cesse perturbé, et du symbolisme cosmique de "L'homme de Vitruve".
Une cérémonie qui prend une dimension et une intensité dramatique absolues et époustouflantes par le jeu de deux jeunes et talentueux comédiens, aussi dissemblables que leurs personnages amoureux de la même jeune fille (Ariane Simon), qui incarnent parfaitement ces laissés pour compte qui grandissaient dans des orphelinats, puis dans des familles d'accueil paysannes davantage comme main d'oeuvre à bon compte qu'enfant à aimer avant de finir, parfois, souvent, dans des maisons de redressement.
Julien Bouanich, au jeu organique très "actor's studio", est le jeune le plus violent, celui qui mène la danse et cependant le plus fragile, aux attentes aussi immenses qu'est grand le vide qui l'habite, agressif et incapable de se projeter positivement dans l'avenir.
Sylvain Levitte, au jeu plus intériorisé, qui avait déjà donné la mesure de sa maîtrise dans le rôle titre de la pièce de Juan Mayorga, "Le garçon du dernier rang", mis en scène par Jorge Lavelli au Théâtre de la Tempête en 2009, offre une très belle prestation dans le rôle du garçon qui, d'une certaine manière, a réussi à accepter la réalité et se prête à l'instrumentalisation pour le "dire", dire la parole qui peut sinon guérir du moins apaiser.

MM